…mais les hommages mal pensés sont gênants

L’an dernier, lors de la soirée hommage aux victimes de l’attentat à Charlie Hebdo (rassurez-vous, j’ai pas trop regardé, et je savais d’avance que je n’aurais pas dû), il y a eu un sketch qui imaginait Charb, Wolinski etc. discutant un peu de ce qui leur était arrivé et des réactions que cela avait suscité. Je vais pas discuter de la valeur du truc mais quelque chose m’avait énormément énervé, la femme a fait le lancement du sketch avec une formule ressemblant à « Ils ne sont pas au Paradis bien sûr, puisqu’ils étaient athées, mais on a imaginé ce qu’ils pourraient dire dans l’après-vie. »

J’ai hurlé (dans ma tête) : « Non ! S’ils ne sont pas au Paradis, c’est parce qu’ils sont morts, connasse ! »

Je sais, vous allez me dire qu’elle a juste mal formulé son lancement, c’était du direct, un peu improvisé (non, c’est faux, vous allez dire que vous vous en foutez) mais moi ça m’a choqué.

En dehors du fait que l’athéisme (du moins dans la version de ceux concernés) ne fait pas qu’exclure la notion de Paradis mais toute forme de vie après la mort, c’est ce « puisque » qui m’a fait voir rouge. François Cavanna a dit “Qui ne croit pas à l’enfer ne va pas en enfer” et on pourrait facilement imaginer qu’il en est de même pour la banque d’âme en face mais dans ce contexte, ça sonnait comme une punition mesquine à l’égard des non-croyants.

Et donc, j’ai trouvé ça déplaisant. Voilà.

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…mais si le chemin va là où tu veux, pave pas un trajet à côté

Étant donné que je n’ai rien posté depuis des mois et parce que c’est un peu d’actualité, voici un article qui parle presque directement d’environnement.

Quand je vois 2 personnes qui ont un objectif commun mais qui se bouffent plus ou moins le nez sur des détails, sur les raisons de cet objectif ou la façon de l’obtenir, je repense à Claude Allègre et son passage dans une émission dont j’ai oublié le nom.

Pour les plus jeunes d’entres vous, Wikipédia dit :

Claude Allègre, né le 31 mars 1937 à Paris, est un géochimiste et un homme politique français. Ses travaux scientifiques et sa carrière de chercheur ont notamment été récompensés par le prix Crafoord en 1986 et la médaille d’or du CNRS en 1994. Il est membre de l’Académie des sciences française. Il a été ministre de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie dans le gouvernement Lionel Jospin de 1997 à 2000.

En parallèle de sa carrière scientifique, Claude Allègre a publié de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique et pris des positions publiques sur les thèmes de l’université française et de la recherche. Connu pour son franc-parler, il a suscité des controverses, en particulier par ses prises de position sur l’origine et l’évolution du réchauffement climatique.

C’est plus particulièrement la fin du 2nd paragraphe qui va nous intéresser.

En effet, à l’époque où les gens l’écoutaient encore un peu, Claude Allègre disait que le réchauffement climatique était une exagération, une fluctuation normale, qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter et/ou que ce n’était pas l’activité humaine qui en était à l’origine.

Mais, et c’est là où c’est « drôle », c’est qu’il disait que le vrai danger, c’était l’acidification des océans. De grosses quantités de dioxyde de carbone sont absorbées par l’eau, cela donne de l’acide carbonique (H2CO3), et cette acidification a un impact non négligeable sur la faune et la flore marine.

Et d’où vient ce CO2 ? De l’activité humaine, nous dit Claude.

Donc, le mec passe 15 minutes à te dire que les écolos sont des cons, à montrer des diagrammes plus ou moins bidonnés pour aller dans son sens et à la fin, te dit que l’environnement est quand même en danger, que c’est à cause notamment du C02 et qu’il faut donc réduire ou modifier l’activité humaine pour y remédier. Exactement ce que disent ceux sur lesquels il tapait au début.

Mec, non seulement tu parles d’un sujet dont tu n’es pas expert mais en plus c’est pour arriver à une conclusion suffisamment similaire pour ne pas avoir à l’ouvrir ! En quoi ajouter de la confusion à cette histoire va aider à atteindre les objectifs que tu désires ? C’est vraiment se tirer une balle dans le pied ; tout ça pour le plaisir d’exhiber ses grosses couilles et de cogner des gens qu’on aime pas avec ?

Je dis pas que la fin justifie les moyens, mais peut-être que si le proverbe existe, c’est pas pour rien.

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…mais je vous propose un jeu

On a enchainé les weekends prolongés le mois dernier. Résultats : vous avez dépensé tout votre argent et épuisé toutes les occupations pour votre prochaine soirée. (Oui, j’ai écrit cette phrase au début du mois, elle est moins d’actualité maintenant mais tant pis.)
Rassurez-vous, je suis là. (Pas physiquement. Rencontrer des gens, c’est terrifiant.) J’ai eu une idée de jeu de société, un jeu de hasard raisonné si j’en crois Wikipédia. Pour l’instant, je l’ai appelé le « polyrugby cannibale », mais rassurez-vous, c’est pas violent.

Je crois que le concept est né en pensant au Quidditch, qui a été adapté pour les moldus. Je me disais qu’on pouvait tout aussi bien l’adapter en jeu de plateau mais ensuite je suis parti sur un autre concept. (Donc oui, ce paragraphe ne sert à rien, mais j’avais commencé à l’écrire et je n’ai pas eu la force de le supprimer quand il m’a regardé avec ses petits yeux mouillés.)

Voici le plateau, les pions et le « ballon/témoin » (j’explique après) à imprimer (en couleur, mais vous pouvez le modifier sous Paint pour en faire une version N&B) :

Plateau etc.
Il vous faudra également un dé (ou une appli qui fait dé) et de la patience pour tout découper et plier parce qu’en fait c’est chiant. Si vous avez des pions de la bonne couleur et un truc pour faire le témoin/ballon, c’est probablement plus simple ; sinon, ça donne ça :

Pion avec témoinEt donc, comment ça se joue :
– De 2 à 6 joueurs, chacun son tour ;
– L’objectif du jeu est d’aller récupérer le « ballon/témoin » au centre du plateau (l’hexagone noir) avec un de ses pions et de le mettre dans le but d’un des adversaires (l’hexagone à double bord) ;
– Les joueurs commencent avec 4 pions autour de leur but (sur les hexagones de la couleur de leurs pions), ils peuvent en faire rentrer d’autres avec un 6 (ou autre valeur maxi si autre dé) s’il y a de la place pour les accueillir dans leur zone de départ ;
– Le nombre de cases dont le joueur peut faire avancer ses pions est décidé par un jet de dé (1 dé à 6 faces classique, mais libre à vous d’expérimenter). Mais subtilité : le joueur distribue la valeur du dé sur ses pions. (Exemple : le joueur fait 5, il peut faire avancer un pion de 3 cases et un autre de 2, ou 4 et 1, ouc.) ;
– Celui qui marque gagne 1 point ; celui chez qui on a marqué le perd ;
– Il est possible de manger les pions adverses (ou les siens mais il n’y a globalement aucun intérêt) si on arrive sur une case déjà occupée ; si le pion mangé a le témoin/ballon, le pion mangeur le récupère.
– Vous décidez au début comment ça se passe après un but. Soit remise en place comme au début, soit juste le ballon/témoin repart au centre, soit il faut aller le récupérer chez celui qui a pris le but (mais du coup il faudra sortir et ré-entrer pour que ça fasse un but, et il y a risque d’acharnement).

Franchement, je pense que vous passerez plus de temps à vous entredévorer qu’à marquer des buts (car oui, je n’ai pas testé mon jeu donc je n’ai aucune idée de la dynamique du truc en vrai). Et du coup, pour décider de quand se termine la partie, on va pas faire ça aux points. Lancez un minuteur et arrêtez au bout de 20 minutes ; si vous avez kiffé vous faites 4 x 20 minutes (on appellera ça des quart-temps).

N’hésitez pas à venir me dire ce que ça donne, on adaptera selon votre vécu.

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…mais j’ai aussi un avis sur l’actualité (1)

Je vais être honnête, à la base de cet article, il y avait un commentaire sur un site d’infos. Sauf que je me disais qu’il y avait une probabilité pour que le-dit commentaire ne soit pas validé, mais surtout que j’allais me choper tous les demi-trolls cathophiles lisant en diagonale et que je n’aurais pas de réponse sérieuse.
Alors quitte à n’avoir aucune réponse sérieuse, je me suis dit que je pouvais augmenter la masse de texte et en faire un article (ça manque, par ici).

Or, donc, le Vatican refuse toujours l’ambassadeur français et ce, vraisemblablement, à cause de son homosexualité.

Or, donc, le vatican refuse toujours l'ambassadeur françaisDu coup, je me suis demandé (et c’était le contenu de mon commentaire initial) : Est-il si grave de ne pas avoir d’ambassadeur pour un « pays » de même pas 1000 habitants, faisant moins d’un demi km², qui n’est pas tout à fait reconnu comme un État par les juristes (mais plutôt comme une organisation internationale (comme l’ONU)) et (surtout) avec lequel le risque de crise est virtuellement inexistant ?

Je dis pas ça dans le sens où on en a rien à faire d’un petit pays moins peuplé qu’un village, hein. Après tout, le Vatican représente aussi tous les catholiques du monde, même si j’ose espérer qu’avant d’être chrétiens, ils sont citoyens de leur pays. (Qu’ils essaient d’obtenir la nationalité Vaticane pour voir.)

Je pense ça parce que l’ambassade semble se débrouiller très bien toute seule ces dernières semaines ; il y a des protocoles bien rodés. Si un jour il est nécessaire qu’une décision soit prise, un SMS au ministères des Affaires Étrangères me semble aussi efficace que de demander l’avis d’un ambassadeur… Et au pire, il y a l’ambassadeur en Italie, à quelques pâtés de maison (et dans le même pays, car figurez-vous que le Vatican est tellement petit que l’Ambassade de France au Vatican est en Italie). Et pour ce qui est des réceptions de l’ambassadeur, le pape François a vraisemblablement les moyens de s’acheter une montagne de Ferrero Rocher de temps en temps alors je suppose qu’il peut se passer de celles-ci.

Mais si ambassadeur il doit y avoir, je suppose que ce serait à la France de plier (ce qui semble être en cours). On est dans le cadre de la diplomatie, si l’un de 2 partis ne veut pas de l’ambassadeur, on ne le met pas et on en cherche un autre.
Je doute que le Vatican change d’avis et d’ailleurs Laurent Stefanini (catholique pratiquant) accepterait-il encore le poste en sachant qu’on le lui accorderait de mauvaise grâce ?

Ouais, je sais, c’est dégueulasse, ce refus est motivé par une homophobie qui ne devrait plus avoir droit de cité au XXIème siècle mais la seule autre solution serait de renvoyer leur nonce apostolique à Rome et rompre tout accord diplomatique. Perso, c’est ce que je ferais mais je suis un athée irresponsable, et pour la dissolution du Saint-siège.

La preuve

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…mais la taille compte

De façon générale, je râle souvent après les univers fictionnels pour la malutilisation de leur matière première. Aujourd’hui, nous parlerons de Marvel.

Piqûre de rappel :
– Marvel, vieille maison d’éditions dont une grosse part des personnages vit dans un univers partagé. Du fait de son histoire, une quantité phénoménale de personnages humains ou non existent et nombre d’événements y ont eu lieu.
Univers Ultimate : En 2000, pour rameuter les lecteurs effrayés par le passé de l’univers sus-cité, Marvel lance une ligne parallèle, un autre univers séparé du précédent mais dont une grosse portion de personnages est similaire, simplement revampée pour les rendre plus actuels. Les liens et origines y sont altérés, voire différents, même si certaines spécificités subsistent.

C’est plutôt sur ce dernier que je vais râler.

De la même façon qu’une suite de film doit en apporter plus, chaque nouveau chapitre sorti doit faire enfler les enjeux. Ainsi, en plus de raconter toujours la même chose, pour rameuter le chaland, il faut que ça pète et que les enjeux soient énormes ; les événements qui se déroulent sont d’une échelle trop importante.
Je ne suis (du verbe suivre) plus trop l’univers Marvel classique mais continue de lire les TPB (volumes reliés de généralement 6-8 chapitres avec couverture souple) Ultimate et j’ai eu envie de dire : WTF.
Je sais pertinemment que l’univers Ultimate est supposé être plus radical mais il se passe dans les 2/3 des histoires des événements d’une ampleur de crossover mais les autres séries ne semblent pas en être affectées outre mesure. Il y a plusieurs mois, la quasi-totalité de l’Europe a été rasée, les États-Unis ont éclatés puis se sont réunis grâce à l’intervention des super-héros et si vous lisez Ultimate Comics Spider-man vous n’en voyez que les commentaires. Aucun impact en-dehors d’une méfiance accrue envers les gens à super-pouvoirs (et encore) ; pas d’économie qui s’effondre, pas de produit qui vient à manquer au supermarché du coin. Je pense que l’univers Ultimate aurait dû être pensé en équipe, pour réfléchir plus profondément aux implications des différentes histoires entre elles.

Dans la réalité, quand il y a eu 3000 morts le 11/09/01 à New-York, des gens ont souffert de stress post-traumatique alors même qu’ils ne vivaient pas sur la côte Est des USA, tous les pays occidentaux ont renforcé leurs politiques sécuritaires, on a tué des innocents car on était persuadés qu’ils étaient des terroristes. Pourquoi l’impact psychologique et social est-il si faible dans les comics ? Parce que les scénaristes sont des fainéants ? Ils se sont dit « et là on tue 180 millions de personnes pour montrer que ce sont des méchants mais après paf, les méchants perdent et tout revient à la normale » ? C’est gâcher de la matière, c’est traiter la vie humaine comme des statistiques. Je ne dis pas que chaque mort doit avoir l’impact d’une Gwen Stacy mais je trouve triste d’enfler artificiellement les enjeux et de ne pas prendre en compte cela une fois l’histoire finie.

Si vous demandez à quelqu’un de citer un super-héros, a fortiori son préféré, il dira (statistiquement) Superman car il est l’archétype du super-héros (je reviendrai là-dessus) (et puis il a « super » dans son nom). Mais viennent ensuite Batman et Spider-man ; 2 super-héros d’échelle humaine (généralement). Et même au-delà des personnages, les meilleures histoires, celles dont on se souvient, sont généralement celles qui touchent les personnages dans leur humanité.

Si vous ne lisez que de grandes sagas épiques, c’est que votre vie manque de saveur, ou que vous avez peur de ressentir quelque chose.

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…mais j’expérimente sur mes concitoyens

Ce soir, j’ai profité qu’il pleuvait pour mettre à l’épreuve une hypothèse formulée il y a quelques temps déjà, et que j’avais d’ailleurs partagée sur Twitter.

Escalator expérience feuJ’étais donc sur cet assez long escalator extérieur et la personne devant moi, sans parapluie ni capuche, le visage fermé, ostensiblement dérangée par la pluie, ne semblait pas le moins du monde envisager de monter l’escalier mécanique. Bref, un parfait cobaye.

J’ai donc sorti mon briquet (oui je ne fume pas mais j’ai souvent un briquet sur moi, preuve aujourd’hui que j’ai raison d’en prévoir un) et ai discrètement positionné sa flamme au cul du manteau de l’individu sus-mentionné. Une fois que le tissu avait bien pris, j’ai sorti mon carnet pour noter les résultats de mon expérience.

Et bien, croyez-le ou pas, il a fallu en plus que je lui signale qu’il avait littéralement le feu au cul pour qu’il commence à réagir. Les gens sont terriblement inattentifs, de nos jours.

Au lieu de monter les escalators pour fuir les flammes (ce qui n’aurait certes servi à rien) ou de retirer son manteau (ce qui était le plus sage), il s’est mis à tourner sur lui-même comme une toupie ridicule. L’imbécile a d’ailleurs failli me tomber dessus, c’est très dangereux.

Voyant que ça ne menait à rien, j’ai rangé mon carnet et ai conseillé à l’individu de retirer son manteau. J’ai dû me répéter en élevant la voix (alors que j’ai horreur de ça) pour qu’il assimile ma suggestion.

On est arrivé en haut de l’escalator, j’ai poursuivi mon chemin ; j’avais mieux à faire que gérer quelqu’un d’hébété, surtout par temps pluvieux. J’espère juste qu’il n’a pas jeté son manteau encore flambant n’importe où, ce serait irresponsable de sa part.

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…mais votre seul cerveau n’est pas vous

Il y a un petit moment, je parlais de Kenneth Hayworth, un scientifique qui souhaite télécharger son esprit dans un ordinateur. (Articles de l’époque >>ici<< et >>là<< si vous voulez vous rafraîchir la mémoire.)

Déjà, je trouve ça relativement stupide de vouloir faire directement un test sur l’homme. Je peux comprendre qu’on préfère un volontaire à un animal qu’il faudrait sacrifier mais il y a des tas de gens qui sont mourants et qu’on pourrait euthanasier pour ça. Là, on a juste l’impression qu’il voulait dépuceler le concept.

Pourtant, ce genre de choses a déjà (souvent) été faite dans des fictions. Le cas qui m’est venu en premier à l’esprit à l’époque, est celui de NoMan ; un androïde dans lequel son créateur, se sachant condamné, a téléchargé son esprit. Malheureusement, il a par la suite commencé à perdre toute empathie (d’une façon similaire à celle du Dr Manhattan, pour ceux qui ont lu/vu Watchmen), allant jusqu’à laisser sa femme se suicider devant lui sans intervenir.

Comme je le disais précédemment, le corps et l’esprit ne sont pas 2 entités distinctes. On plaisante souvent à propos des femmes (enceintes ou non) concernant leurs hormones mais c’est vrai pour tout le monde, la chimie cérébrale est influencée par beaucoup d’organes qui ne font pas partie du système nerveux central. Souvenez-vous de votre adolescence ou de périodes de stress, vos décisions auraient-elles été les mêmes sans pression ? (Non.) Et après le sexe, vous avez toujours envie de ce qu’il y a dans votre lit ? Hell, on a découvert récemment que la flore intestinale aurait une influence sur notre personnalité (et elle n’est même pas « nous » sur le plan génétique). Sans aller jusqu’à rester de marbre face à quelqu’un qui attente à sa propre vie, il est évident qu’un esprit dématérialisé sera différent du même esprit dans sa version organique.

Les questions qui se posent alors sont nombreuses, mais la première est : Suis-je moi sans cet influence organique ? La réponse est vraisemblablement non. Est-ce grave ? Ça, c’est à vous de décider.

Personnellement, je me dis que « moi », c’est « moi » à l’instant T. Si demain j’ai un accident qui m’ampute des influences hormonales qui font ce que je suis (mais si, ça existe), je ne vais pas me considérer comme mort et devenu un autre. Chaque jour, on vit des expériences qui nous changent ; pour une même situation, le moi d’hier ne prendra pas les mêmes décisions que le moi de demain. Au final, je reste moi. Si je me copie sur un ordi, ce sera un autre moi et si j’utilise la technique de Kenneth Hayworth (ou quelque chose approchant), je me considérerai comme une continuation de moi. Bien sûr, c’est un paradoxe par rapport à ce que je disais au paragraphe précédent mais je m’en fous, j’ai un cerveau organique, il gère les paradoxes. Il fourre tout ça dans mon Ça, par exemple.

Le Ça qui, sans forcément disparaître, va prendre un sacré coup lors du transfert. Difficile de quantifier l’impact mais je suppose que beaucoup de pulsions n’existeront plus et quid des souvenirs refoulés ? Si la copie est faite correctement, ça ira, je suppose, mais sinon, on va juste fabriquer un esprit excessivement bordélique, en souffrance constante.

Tout ça pour dire que je ne pense pas que tuer quelqu’un pour expérimenter un téléchargement de l’esprit vaille le coup. On ignore bien trop de choses sur le fonctionnement du cerveau. Bien sûr, vous allez me répondre que cette expérience permettrait justement d’en apprendre énormément à ce sujet mais ce n’est pas comme ça que la science doit avancer, sauf pour les savants fous et autres super-vilains.

Quand on a décidé d’envoyer des gens dans l’espace, on en a pas balancé dans le vide jusqu’à trouver la bonne méthode.

Et même lorsqu’on aura la technique, je pense que tout le monde ne pourra pas tenter l’expérience et la vivre de la même façon. Les intuitifs, dont la part inconsciente les guide dans leur choix, seront-ils aussi adaptés que ceux qui envisagent leurs décisions de façon rationnelle ? Ou peut-être sera-ce l’inverse ? Il faudra effectuer un profilage psychologique bien complet avant de tenter quoi que ce soit, sinon ça va être une psychoboucherie.

Et puis tout ce qui s’en suivra sera parfaitement en dehors de tout cadre légal. La copie numérique de l’esprit est-elle considérée comme une Intelligence Artificielle ou un humain ? En a-t-elle donc tous les droits et devoirs ? Sa carte d’identité n’est plus valable, si ? Si on copie cette version numérique, c’est du clonage ou une atteinte à la propriété intellectuelle ? Si ça rate et qu’on a l’esprit en souffrance dont je parlais plus haut, ou qui montre une incapacité à (inter)agir, a-t-on le droit de l’effacer/éteindre ou est-ce que ça va être aussi compliqué que pour l’euthanasie ? Ces questions et bien d’autres devront non seulement être posées mais il faudra surtout y répondre. Et quand on voit les lois mal adaptées qui nous sont parfois pondues en terme d’informatique, je vous conseille d’y réfléchir d’ici-là.

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