…mais j’ai toujours de très bonnes excuses pour ne pas avancer sur mes histoires

La science-fiction et la fantasy sont considérées comme des (sur)registres extrêmement proches. (Comme peut le laisser deviner la troisième loi de Clarke.) On rencontre d’ailleurs assez fréquemment des auteurs qui passent de l’un à l’autre. Remplacez un vaisseau spatial par un dragon géant, une baguette par un modificateur ponctuel de réalité ou un pyrokinésiste par… un pyrokinésiste, et ça ne change pas le sens profond de l’histoire.

En terme de lecture, je pense être relativement équilibré entre les 2 genres, et je pourrais également constater qu’en tant que créateur d’histoires, il en est de même sauf qu’au final, je dévie plus systématiquement du côté de la SF, voire de la Hard SF ; et ce, pour une raison simple : Je suis psychorigide.

Par conséquent, si j’imagine sans difficulté un dragon et que je peux accepter qu’il crache du feu (grâce, peut-être, à des glandes qui synthétisent un quelconque fluide entrant spontanément en combustion une fois en contact avec l’oxygène de l’air), lorsqu’on aborde les thèmes de la magie, j’ai plus de mal. J’ai besoin que les choses obéissent à des règles cohérentes et logiques. D’où vient l’énergie consommée lors du lancement de sortilèges ? Comment est-il possible que des morceaux de tissus sans aucun aérodynamisme puissent voler ? Et pourquoi une phrase prononcée différemment par 2 personnes n’ayant même pas la même voix peut produire le même effet ?

En tant que lecteur, ce ne sont pas des choses qui me gênent beaucoup mais pour écrire, c’est handicapant. J’ai déjà tendance à me perdre dans des détails insignifiants (genre la biographie plus ou moins complète de personnages tellement secondaires qu’ils n’apparaissent pas toujours dans l’intrigue) alors je n’ai certainement pas besoin de réfléchir à ce point sur les mécanismes de certains pré-acquis du domaine de la littérature de l’imaginaire. Un bout de bois avec une plume dans le cul permet de projeter des éclairs, c’est accepté depuis longtemps et personne ne s’émouvra de ce fait si je l’introduis dans un monde défini comme magique…

Oui mais quand même.

Imaginons que je finisse enfin une histoire (lol) et que je l’écrive (kilolol) et que j’arrive à trouver un éditeur (mégalol) et qu’elle soit lue (gigalol) et qu’un lecteur tatillon me trouve (téralol) pour me demander : « Et comment ça fonctionne, philosophiquement ? » ; je veux pouvoir lui dire : « Et bien la plume accumule l’électricité statique et le bois sert de condensateur jusqu’à ce que la charge soit suffisante pour passer outre et projeter un éclair ».

Ça, c’est de la Hard Fantasy (avec des bases scientifiques car je peux difficilement renier mon cursus) et c’est la seule façon que j’ai de créer un univers magique stable sans avoir comme seule réponse concernant son fonctionnement :

Bref, tout ça pour vous dire que j’ai écrit cet article au lieu de réfléchir aux bases d’un nouvel univers sur lequel je ne travaille donc pas en ce moment parce que je sens mon histoire se diriger dans un sens qui risque de la dénaturer. Et comme j’en suis à la phase où j’ai envie d’en parler à tout le monde, ça me fait en plus un dérivatif. (Parce que je veux pas trop non plus qu’on me pique des idées.)

 

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6 commentaires pour …mais j’ai toujours de très bonnes excuses pour ne pas avancer sur mes histoires

  1. FS-PB dit :

    quand tu dis « Un bout de bois avec une plume dans le cul » le bout de bois vas aussi dans le cul?

    Je crois que dans la plupart des univers fantasy, il y a un présupposé qu’un magicien est quelqu’un qui a une capacité/habileté particulière à canaliser des forces présente dans l’univers pour en faire ce qu’il veux. C’est vrai qu’en général ce n’est pas expliqué (en particulier dans l’oeuvre de Tolkien qui était très « deal with it »), mais cette force peut être des courant magiques, telluriques, de la « mana », des midichloriens, pour les prêtres une part de pouvoirs divins (oui en général ya des dieux et des démons dans le tas, ça explique beaucoup. médiéval quoi).
    En général aussi le lanceur de sort use de sa propre énergie et s’épuise vite en lançant des sorts. certains développent un peu plus, je sais pas si tu as lu Eragon.

    limite ça me choque moins que le fait que superman puisse voler parce qu’il vient d’une autre planète (mais je m’éloigne)

    le bout de bois en question (baguette; bâton) n’est en général qu’un catalyseur, qui sont inutiles à un non magicien. sauf à ce que ce soit un objet enchanté, mais alors la magie vient en amont.
    Genre comme quand ton portable utilise des impulsions électriques invisibles et venu de nul part pour pouvoir parler à ta maman au brésil.

    pareil, les formules magiques c’est pas le fait de la prononcer qui créer la magie, mais c’est juste un genre de rituel pour orienter la force brute précitée dans le sens ce que tu désire, une sorte de rituel.

    bon d’accord je sais pas comment on en arrive à générer une boule de feu.

    bref moi je trouve qu’il y a quand même une certaine cohérence sur la magie dans la plupart des univers fantasy, et même entre les univers fantasy parce qu’ils se pompent bien les uns les autres. alors t’as qu’à pomper dedans aussi, et écrit ce putain de bouquin!

    bisous

    • Last Equinoxx dit :

      Pardon, j’avais pas eu le temps de répondre à ton commentaire.
      Non. (C’était surtout une référence à Harry Potter.)
      Effectivement, mais moi, j’ai fait de la physique, et de l’énergie toute seule qui ne fait pas la même chose alors qu’elle passe par la même machine, ça me surprend parfois. Exemple : Le portable ne fait que des choses pour lesquelles ils est construit. Il ne peut pas apprendre à faire du café alors qu’une baguette peut.
      Et puis c’est pas le fait de le dire ou pas, au fond, plus le fait de le savoir. Comme je le dis, en tant que lecteur, qu’on ne m’explique pas ne me gêne pas forcément beaucoup tant que c’est cohérent ; c’est en tant que créateur que j’en ai besoin. (D’ailleurs, quand on a commencé à expliquer comment Superman fonctionnait juste pour le dire, j’ai trouvé ça sans intérêt.)

      PS : Les super-héros, j’en parlerai aussi. (Je fais pareil quand j’en crée.)
      PPS : Ma maman n’est pas au Brésil.

  2. Zir dit :

    Il ne faut pas être extrême non plus. La SF comme la fantasy peuvent avoir des justification pseudo-scientifique totalement boiteuse. Je veux dire : « comment le bois peut-il servir de condensateur ? »

    En outre, l’expression « Fuck you, it’s magic » assez drôle dans un autre contexte (celui de la baise) est tout à fait détestable, mais n’est pas (et de loin) la seule alternative à un raisonnement Hard SF appliqué à la fantasy.

    Je le pense, en tout cas.

    Et on peut avoir un système de magie très élaboré, bien pensé, etc… et surtout cohérent et pas « improvisé pour sauver la journée » sans passer par une ultra-scientification qui dénaturerai un peu le tout.

    Je renvoie entre autre vers Terry Pratchett (las Annales du Disque-Monde) -qui, soit dit en passant, a peut-être dit quelque chose du genre « la SF, c’est de la fantasy avec des boulons »- qui à un système de magie que j’aime beaucoup.

    En ce qui me concerne, j’aime bien, dans mes fictions, considérer la magie comme un prolongement spirituel de l’être, une partie de lui, quelque chose qui le définit.
    Autant dans la réalité, je suis un matérialiste convaincu, autant dans la fiction ou les poèmes j’aime à parler de l’âme.

    Tu peux même considérer la magie ou des courants magiques comme une entité para-vivante, et considérer les formules magiques comme un moyen de communiquer avec elle.
    Comme un espèce de chien invisible et très potent qui connais pleins de tours (de magie, hélé) et est très réceptif à la suggestion. Rien que le fait de lui donner un ordre (dans son langage magique, codé, caché, secret) le fera obéir, et donc modifier la réalité.

    Il est très amusant également de laisser planer le doute entre une utilisation réelle de la magie, et une capacité d’observation et une connaissance très profonde dans un domaine.
    Exemple : Comment faire la différence entre un Nécromancien qui fait « parler » un mort pour connaitre les circonstances de son décès, et un médecin légiste qui fait juste la même chose ?

    En ce sens, il est très facile d’imaginer des tas de Druides ou Guérisseurs qui ont une philosophie qui les amènent en communion avec la nature, et qui ont cependant une connaissance des plantes qui leur permet de se qualifier de magiciens.

    PS : Je me rappelle de l’utilisation de la « magie » dans un jeu auquel je jouait en étant gamin. C’est vrai que les prêtres d’âge of empire « convertissent » les ennemis en transformant leurs convictions, allégeances et couleur de short rien qu’en répétant inlassablement « Ayohhh Wololooooo »

    • Last Equinoxx dit :

      (La baise ?)

      Oui, bien sûr que la SF peut tomber dans des travers tout à fait similaires. « Oh, pour réparer tous les dégâts causé par cette machine, il suffit d’en inverser la polarité. » Mais je parle juste en tant que créateur ; j’ai besoin d’aller bien trop profondément dans le fonctionnement alors que je n’ai qu’à établir des règles et m’y fixer. Mais pas que sur la fantasy, j’étends toujours beaucoup trop mes recherches quand je songe à créer une histoire (cf ce qui est entres parenthèses dans le 4ème paragraphe). Avec de la SF, j’extrapole depuis notre technologie et ça me limite ; avec la fantasy, tout est possible et je commence à réfléchir à des détails inutiles. Et surtout, quand on lit de la fantasy, on peut accepter des choses fantaisistes (tant que ça reste cohérent) donc je dois me libérer de cette tendance à confondre réalisme « cohérence » et réalisme « possible dans cet univers ».

    • zir00 dit :

      En tout cas ça fait plaisir de voir un tel besoin de rigueur chez quelqu’un qui écrit. Quoi qu’il en soit, il ne faut pas négliger, évidemment, le sens de l’histoire dans son ensemble. La SF donne une infinité de possibilités pour développer des sujets philosophiques, sociologiques, moraux, ou juste des concepts. La fantasy permet elle aussi beaucoup de liberté, et c’est à chacun de fixer ses propres limites & contraintes (qui font parties intégrantes, je l’espère, de la joie créatrice).

      PS : La baise ; oui, il faut m’excuser la formule peu élégante. Pour comprendre, se référer au sens premier de « fuck » dans « fuck you, it’s magic »

  3. Ping : …mais je m’emmêle dans les contradictions | Ne le dites pas à mes psys…

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