…mais j’ai lu « Les Petits Chaos de l’étudiant Liu »

Pour ceux qui ont la flemme de tout lire, je résume : Ça m’en a fait bouger une sans toucher l’autre.

Couverture

Un jeune Chinois, linguiste surdoué à la recherche de la clé des langues, un guitariste de rock bercé au son des mystiques orientales par des parents soixante-huitards, une informaticienne punk qui s’initie à la théologie négative : trois héros de  notre temps qui se rencontrent selon un plan énigmatique dont ils ne  connaissent ni les enjeux ni le maître, mais qu’ils suivent en vrais chevaliers d’un Graal hypothétique.

Patrick Carré, grand spécialiste des langues et philosophies orientales, est l’auteur, notamment, du Palais des nuages, sélectionné pour le Goncourt, prix du Premier Roman, prix Gutenberg. Il nous livre avec Les Petits Chaos de l’étudiant Liu un roman baroque et fin de siècle où il se joue de tous les genres, de toutes les fictions, revisitant la Chine et le Tibet, le rock et le bouddhisme, les langues et les lois physiques, au gré d’une érudition joyeuse et indisciplinée, invite savoureuse au « gai savoir », à la manière d’Eco ou de Borges.

À la base, j’ai connu l’auteur par hasard ; je faisais des recherches sur je ne sais plus quel personnage hindou qui m’a mené à d’autres et j’ai fini par entendre parler d’un autre de ses bouquins (Yavana) ; malheureusement, il n’était disponible que d’occasion, à un prix un peu trop élevé à mon goût pour une simple curiosité. J’ai trouvé celui-ci, la quatrième de couverture (copiée ci-dessus) était plutôt prometteuse.

D’habitude, je suis assez chanceux quand je choisis un livre au hasard mais là… Non. (Je venais de finir La Horde du Contrevent, peut-être a-ce joué en sa défaveur.)

Par exemple, le bouquin fait un peu plus de 300 pages, il m’en a fallu près de 60 pour réussir à m’impliquer un minimum, malgré certaines scènes bien écrites. Même au-delà, les 2 premiers tiers sont pratiquement dispensables. On y suit, donc, les pérégrinations peu surprenantes de Donatien Moragine, bassiste lambda biberonné aux philosophies népalaises qu’il a fini par rejeter, et la rapide jeunesse de Liu Gao, simili-orphelin plus malin qu’un chinois moyen. Ils sont supposés être des marginaux mais je les trouve stéréotypés et plats.

Et le seul personnage féminin qui ne soit pas une restauratrice, une pouffe ou une fille facile (Bechdel, anyone?) est la fameuse informaticienne punk. La plus intéressante des protagonistes (sur les 5-6 personnages que l’on voit plus de 3 pages) du fait qu’elle est un poil moins bidimensionnelle que les autres (et encore, « ouh, mon père était un raciste alors je me suis fait dépuceler par un noir, trop rebelz« ). Le problème, c’est qu’elle est aussi la moins actante. Et c’est difficile tant les personnages semblent aller là où le vent (ou le plan énigmatique) les mène.

Ils ne cherchent pas un Graal, il leur tombe tout cuit dans le bec, et c’est long à venir sans qu’on ne sache pourquoi. Bien sûr, il y a une explication logique par la suite mais même si celle-ci avait été extraordinairement intéressante, ça m’aurait vraisemblablement déçu ; il aurait peut-être fallu raconter l’histoire derrière cette explication, ça avait l’air moins chiant (mais c’est expédié en 3 paragraphes).

Et puis il y a toutes ces petites incohérences qui cassent un peu la suspension consentie d’incrédulité, genre un prêtre qui utilise le terme de bodybuilding quelques pages après avoir parlé du pape Innocent IV (élu le 25 juin 1243 !). Ou cette histoire de portail (?) en verre forgé. Ou la faute d’orthographe « disaine ». C’est bête mais comme mon intérêt pour le bouquin était ténu, ce genre de petits détails prenait une ampleur monstrueuse dans mon jugement. Et en plus le titre est faux, Liu Gao finit ses études à 15% du livre (p47 sur 315).

En en apprenant plus sur l’auteur, je m’attendais à un truc un peu initiatique, voire vaguement mystique ; en lisant la quatrième de couverture, je me suis dit que ce serait peut-être même un peu subversif ; au final, ce n’est ni l’un ni l’autre.

Je trouve ça fouillis, j’ai pas accroché ; il y a des morceaux de langues et idiomes un peu partout mais ça ne sert à rien, on n’apprend pas grand chose. À ce niveau-là, je vous conseille plutôt Le dernier samouraï (pas le film, rien à voir, c’est un livre de Helen De Witt) ; c’est pas du tout le même genre mais cette thématique y est bien mieux abordée (c’est ce bouquin qui m’a d’ailleurs poussé à oser la VO, je reviendrai dessus). Et pour cracher un peu sur la Chine, il y a les œuvres de Qiu Xialong (je vous ferai peut-être une critique de Mort d’une héroïne rouge). Pour le reste de la critique, il y a du spoil (police éclaircie, au cas où vous n’en voudriez pas).

Échelon Spoiler 1
À quoi ça sert d’écrire une histoire à base de « c’est l’histoire d’un génie à qui on offre le monde ; fin » ? Le personnage ne mûrit même pas… Il vit un truc traumatisant, décide de se suicider à l’héroïne mais croise un mec qui lui dit « hey, se tuer c’est pas cool, accompagne-moi à tel endroit avant », puis il croise la seule meuf au monde qui lui durcit le bambou et il se dit « mourir, j’en ai plus trop envie. »

Échelon Spoiler 2
Et puis d’un coup, après de longues pages chiantissimes, paw, ça vire à la SF. Grâce à l’acquisition facile d’une puce permettant d’altérer la réalité, les personnages (qui évoluent encore moins qu’au cours des 200 pages précédentes) réalisent le fantasme de puissance de leur jugement moral pitoyablement conformiste. Bim je fais fondre une antenne télé (car la télé, c’est caca), bim on détruit le labo pharmaceutique sud-africain qui voulait tuer des noirs. Ça ne fait avancer ni leur monde, ni le lecteur.

Échelon Spoiler 3
Et enfin, ils disparaissent en ne laissant pour trace que quelque actes brouillonnement évoqués par l’auteur et qui seront oubliés rapidement, tant par leur monde que par le mien (si je n’avais pas pris de notes pour cet article peu après l’avoir lu, je ne me souviendrais pas de la fin).

Note finale ? 2,5/10. (Limite 2 pour l’insulte à Eco et Borges de la 4ème de couverture.)

Mais si vous voulez, j’ai trouvé une critique de quelqu’un qui a aimé : http://www.lavie.fr/archives/1993/03/04/livres,1419603.php (3ème critique de la page.)

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