…mais je ne fictionne pas pour le NaNoWriMo (1)

Novembre est le mois de bien des choses.

Par exemple il y a Movember. Tous les ans, les hommes du monde entier sont invités à se laisser pousser la moustache dans le but de sensibiliser l’opinion publique et de lever des fonds pour la recherche dans les maladies masculines telles que le cancer de la prostate. Mais étant physiologiquement incapable de me faire pousser autre chose qu’un duvet râpeux mais clairsemé, je dois me reporter sur d’autres choses, genre ne rien faire.

Sauf qu’il y a aussi le NaNoWriMo, un projet d’écriture créative dans lequel chaque participant tente d’écrire un roman de 50 000 mots – soit environ 175 pages – en un seul mois (donc un peu moins de 1700 mots/jour, la quantité primant sur qualité ; par exemple, cette « préface » n’en fait pas même 300, et je doute que beaucoup de mes rares articles ne les atteignent) et auquel certains m’ont encouragé à participer.
Mais j’avais pas trop envie de jeter un de mes projets là-dedans, surtout que chacun a déjà au moins 1 paragraphe d’écrit, c’était contraire au règlement, et puis bon, j’étais pas chez moi début novembre et j’ai pas mal de temps de trajet pour aller au boulot alors ça limite d’autant plus en semaine…

le-pipeau-o[1]Mais mon esprit étant contrariant, il m’a craché une histoire pratiquement complète alors que je dormais, il y a plusieurs nuits. Et en plus ça finissait mélancoliquement alors bonjour le réveil.
Y’a pas vraiment de quoi en faire un roman mais plutôt qu’un simple compte-rendu comme je l’ai déjà fait ici (en plus j’avais pas d’ordi), je me suis dit que j’allais retravailler ça pour en faire une vraie histoire ; sans prétendre participouiller au NaNoWriMo, ça mettra un terme à l’oisiveté de ces dernières semaines.

La dernière famille

L’idée de famille chez les vampires est… complexe. Chaque cas est différent, bien sûr, mais il y a généralement une notion de filiation entre un vampire et ceux à qui il a offert son « don ». Beaucoup font d’ailleurs leur possible pour instaurer une déférence chez ceux qu’ils ont engendrés, usant parfois d’une forme de paternalisme, ou de maternalisme, pour mener ce qui est alors leur clan ; le clan, que l’on appelle d’ailleurs « famille » lorsqu’il y a filiation (directe ou indirecte) entre le chef et tous les membres. Mais les notions de fraternité ou de cousinage sont brouillées par les liens qui existaient à l’époque où nous étions encore humains. En effet, contrairement à la croyance populaire, ce sont plus souvent des familles entières qui sont converties plutôt que des individus isolés. Vraisemblablement par souci de cohésion.

Ainsi, lorsque ma vie prit fin, il en fut de même pour ma jeune sœur et mon père. Nous étions désormais une petite famille éternelle de plus (si tant est que l’éternité existe) dans le clan de celui que l’on aurait pu appeler notre maître, et nos relations ne s’en trouvèrent que peu modifiés.

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« Nous ne sommes pas égaux devant la mort » disaient les sociologues. Il apparait de plus en plus clairement que nous ne sommes guère plus égaux devant l’après-vie.

Comme pour tout, la mort existe chez les vampires. Si suffisamment de blessures physiques peuvent finir par nous détruire, la Grande Faucheuse ne prend la forme d’un pieu, d’un soleil brûlant ou même d’une violente allergie à l’allicine que très rarement pour les plus vieux d’entre nous. Deux choses peuvent alors nous tuer :  la perte du sens des réalités et la lassitude.

En effet, le temps passant, nos caractéristiques physiques changent ; le besoin en sang s’amoindrit jusqu’à s’éteindre après plusieurs siècles ; les UV ne sont plus en mesure de nous détruire ; nous devenons des êtres éthérés qui n’existent que par la volonté. Certains ne supportent pas cette transition, ou elle se passe mal.  Ils finissent par souffrir d’une sorte de fatigue de vivre, entrainant hallucinations, désorientation, dépression et  paranoïa parfois, ou une régression intellectuelle, et leur corps même perd toute substance, s’évapore ou se décompose, selon les cas. Je me suis d’ailleurs demandé s’il n’y avait pas quelque base génétique, une prédisposition congénitale à cela, les familles tombant généralement ensemble.

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Avec la disparition des humains, qui ont quitté le système solaire ou sont morts à la guerre, notre espèce se délite. Les plus jeunes sont morts de faim il y a longtemps déjà et nous sommes désormais face à notre entropie intime ; ceux qui restent se partagent entre partisans d’une union en un superclan et défenseurs de notre ancien mode de vie.

Notre clan lui-même était divisé sur la question mais la rencontre avec les membres du superclan a fini de décider ma famille. Ma vraie famille. Face à une masse de gens éteints, de créatures de légendes désormais apeurées, se cherchant vainement une volonté commune, mon père, ma sœur et moi allions désormais vivre seuls, libres, parcourant un monde nôtre comme jamais, au lieu de nous terrer dans un groupe en attendant la fin.

*************

Nous ne sommes plus que 3. Du moins, nous n’avons plus croisé, ni senti, âme qui vive depuis des années, même en essayant de retrouver le superclan. Nous nous sommes arrêtés dans ce qui était autrefois une ville. Une ville asséchée comme les autres, que je n’avais pas reconnue sans ses parcs, celle où j’étais devenu un homme avant de devenir vampire. Pris de nostalgie, nous nous sommes séparés pour retrouver un peu nos racines personnelles ; ma sœur est partie voir son ancienne fac et moi la grande place au cœur de la ville, où j’ai vécu les meilleurs moments de ma courte vie. Mon père, lui, a dit qu’il serait plus long, qu’il voulait visiter les lieux forts de son histoire d’amour avec notre mère.

Je suis monté sur le plus haut bâtiment, il est en ruine mais je ne pèse presque plus rien alors il tient, je n’abime pas plus qu’il ne l’est déjà ce qui était autrefois le plus grand théâtre de la région. En bas, au lieu du sable d’un gris jaune qui recouvre tout, je revois les gens, leurs vies plus ou moins organisées, mes meilleurs amis que j’ai dû abandonner, ce réveillon de Noël où nous n’avions mangé que des pâtes à l’eau ; au lieu du vent triste sifflant dans les fissures des restes d’immeuble, j’entends le rire de Marion ; je sens les feux de cheminée, les marrons chauds ; je me souviens de ce que ça fait de pleurer.

Soudain, la réalité me rattrape, je ne sens plus la présence de mon père.

Je cours, je vole partout où je sais que mon père et ma mère se sont vus. Sur la place de la mairie, où ils se sont rencontrés ; l’hôpital où ma sœur et moi sommes nés ; je vais même jusqu’à son ancien bureau. J’y retrouve ma sœur toute aussi affolée que moi. Où est-il ? Comment a-t-il disparu ? Nous l’appelons, nous rugissons :
– Père ! Pèèèère !

Le silence.

Nous quittons la ville pour rejoindre le mas de nos grands-parents paternels, puis plus loin la maison de nos grands-parents maternels.

Rien.

Nous revenons à la ville, devant l’église où ils se sont mariés et c’est là que nous réalisons… Le cimetière ; là où notre mère repose depuis des siècles.

Devant sa tombe, au sol, les lunettes de notre père. Il n’en avait plus besoin depuis des milliers d’années mais les avait conservées ; souvenir de celui qu’il pensait ne plus être. Coincé entre les branches, un mot : « Pardonnez mon égoïsme. »

Nous ne sommes plus que 2.

1248 mots, préface (et ces phrases) incluses. Tu m’étonnes que je sois pas chaud pour le NaNoWriMo.

9Wikipedia: Year 9 (IX) was a common year starting on Tuesday (link will display the full calendar) of the Julian calendar.

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2 commentaires pour …mais je ne fictionne pas pour le NaNoWriMo (1)

  1. Jolivert ou Olliveur dit :

    Clap Clap, ainsi tu deviens Dieu et… bordel ça recommence. Quel plaisir de te lire 🙂

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