…mais je lis des magazines du futur

Les premiers tatouages animés sont apparus il y a plus de 5 ans, maintenant, mais la technologie était trop coûteuse et d’une fiabilité parfois relative. Mais peu à peu, la technique a gagné en maîtrise et si le prix reste élevé pour les œuvres les plus complexes, la démocratisation est en marche.

Ce n’était qu’une question de temps avant que quelqu’un n’ose s’en couvrir complètement et cette première a été effectuée par Constance Valentina, artiste plasticienne, sex-performeuse, et actrice et réalisatrice de films X.
Depuis décembre, 2 carpes koï évoluent sur sa peau. Le projet a été payé via du financement participatif, elle nous explique sa démarche.

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– Pour nos lecteurs, tout d’abord, présente-nous ton tatouage.

Et bien il s’agit de 2 carpes koï -les carpes japonaises- qui sont en mouvement sur la quasi-totalité de mon corps, à l’exception de mes mains, mes pieds, mon cou et ma tête. C’est un tatouage de type 2 (voir focus), donc mes poissons évoluent de manière plus ou moins autonome. L’une est rouge, pour la passion, l’autre est noire, pour l’adversité et le changement.

Focus : Dans l’univers des tatouages animés, il existe 2 techniques d’animation. La première s’apparente au fonctionnement des gifs ; il s’agit d’une animation précodée, qui tourne en boucle. C’est par exemple le cas de la spirale que le prestidigitateur américain Max Bannemer s’est fait tatouer dans le dos et c’est le type le plus courant.
La seconde technique, dont le coût augmente exponentiellement avec la complexité des mouvements, anime l’image en suivant un algorithme prédéfini.

– Dans le domaine dans lequel tu évolues, un tatouage de ce type et de cette ampleur a forcément un impact : pur choix esthétique ou raisons professionnelles ?

Si les raisons avaient été simplement professionnelles, j’aurais choisi un motif plus érotique. (Elle rit.)
L’impulsion de départ était esthétique, et personnelle. Mais effectivement, dans mon travail, toute modification corporelle a une influence. Bien sûr certains scénarios occultent complètement le fait que cette soi-disant vierge a des implants mammaires ou que cette duchesse du 18ème a une langue fendue mais les critiques les plus tatillons pardonnent peu ces écarts. Après la grande vague porno arrivée avec Internet, les gens ont eu un peu plus envie d’authenticité. C’est aussi pour ça qu’on trouve tant de vidéos amateurs.

– Et c’est pour ça que tu fais surtout du Gonzo ?

Oui. Je préfère aller à l’essentiel. Je ne suis pas qu’actrice et réalisatrice, je suis aussi spectatrice. Les scénarios en carton pour amener les scènes hard, ça m’attriste presque. C’est tue-l’amour.
Moi, ce que je veux dans mes films, et mes pièces aussi (Constance se produit dans des pièces érotiques, ndlr), c’est de l’amour et de l’art. D’où cette voie du sex-perfoming.

– L’art, justement, pour en revenir au sujet ; comment as-tu rencontré Tom Spade, qui a réalisé ton tatouage ?

Je connaissais sa sœur, qui avait déjà fait de la programmation pour un spectacle. C’est d’ailleurs elle qui a assumé 80% de la programmation des algorithmes comportementaux ; je tiens à le signaler car les gens ne pensent qu’à l’image finale en oubliant le travail de codage derrière, elle a fait un travail fabuleux. Une fois fini, j’ai passé deux bonnes heures nue devant un miroir à regarder avec quelle fluidité mes nouveaux compagnons se baladaient.
Et pour en revenir à Tom, bien sûr, on ne choisit pas son tatoueur sans l’avoir rencontré. C’est une relation comme une autre ; on arrête tout si le courant ne passe pas. Surtout qu’il y a de l’électronique impliqué. (Elle rit.)

Donc sa sœur a organisé une rencontre et on a pu discuter du projet, de mes motivations, de la technique et bien sûr du prix.

– Prix élevé, d’ailleurs, dû aux proportions de l’œuvre. Tu as choisi le financement participatif pour obtenir les fonds nécessaires à sa réalisation et fait appel à Coût-de-pousse, un site de financement participatif français pour ça, alors que ta carrière est internationale. Par patriotisme ?

Pas vraiment. (Elle rit.) J’avais d’abord pensé à Kickstarter puisque c’est le plus connu et que le tatouage et les projets connexes allaient se faire à Londres (ndlr : les projets Kickstarter ne peuvent être lancés que s’ils sont basés dans certains pays anglophones), mais comme il s’agissait d’un projet avec une composante pornographique évidente, c’était impossible.

Heureusement, des amis à moi avaient dû financer leur dernière œuvre par Coût-de-pousse ; sans être porno, ça ne serait probablement pas passé sur l’essentiel des sites de crowdfunding. Quand je leur ai parlé de mon souci, on a vérifié quelle était la limite à ce sujet et c’est passé. Sa nationalité est une coïncidence.

– La campagne a été un succès, puisque tu as ton tatouage, mais ça a été juste…

Oui, qui aurait cru qu’une femme nue sur Internet aurait du mal à obtenir des liquidités ? (Elle rit.) Mais oui, le manque d’éclairage médiatique pour un projet de cette ampleur a failli nous le coûter. Ce sont des choses qui arrivent ; je ne sais pas si je serais passée directement à autre chose ou si j’aurais revu mes ambitions à la baisse. Ou alors j’aurais mis plus de mon argent personnel, quitte à perdre un peu de la notion de partage. A posteriori, je sais que j’aurais pu, la vidéo de l’installation du tatouage a eu son succès aussi.

– Merci pour toutes tes réponses. Un dernier message ? De futurs projets ?

Pas de 3ème carpe, en tout cas. (Elle rit.) Je suis en train d’écrire un spectacle que j’espère pouvoir mettre en scène à la rentrée. J’y parlerai de mon expérience, un peu, mais ce sera surtout du divertissement, du jeu avec mes carpes. Du moins c’est ce sur quoi je table. On ne sait jamais comment les choses finissent quand on les commence.

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3 commentaires pour …mais je lis des magazines du futur

  1. AnnSocisse dit :

    Évidemment, la spirale. 🙂
    C’est vachement bien fichu en tout cas.

  2. Ping : …mais peut-être qu’un jour je ne serai plus totalement nu | Ne le dites pas à mes psys…

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