…mais votre seul cerveau n’est pas vous

Il y a un petit moment, je parlais de Kenneth Hayworth, un scientifique qui souhaite télécharger son esprit dans un ordinateur. (Articles de l’époque >>ici<< et >>là<< si vous voulez vous rafraîchir la mémoire.)

Déjà, je trouve ça relativement stupide de vouloir faire directement un test sur l’homme. Je peux comprendre qu’on préfère un volontaire à un animal qu’il faudrait sacrifier mais il y a des tas de gens qui sont mourants et qu’on pourrait euthanasier pour ça. Là, on a juste l’impression qu’il voulait dépuceler le concept.

Pourtant, ce genre de choses a déjà (souvent) été faite dans des fictions. Le cas qui m’est venu en premier à l’esprit à l’époque, est celui de NoMan ; un androïde dans lequel son créateur, se sachant condamné, a téléchargé son esprit. Malheureusement, il a par la suite commencé à perdre toute empathie (d’une façon similaire à celle du Dr Manhattan, pour ceux qui ont lu/vu Watchmen), allant jusqu’à laisser sa femme se suicider devant lui sans intervenir.

Comme je le disais précédemment, le corps et l’esprit ne sont pas 2 entités distinctes. On plaisante souvent à propos des femmes (enceintes ou non) concernant leurs hormones mais c’est vrai pour tout le monde, la chimie cérébrale est influencée par beaucoup d’organes qui ne font pas partie du système nerveux central. Souvenez-vous de votre adolescence ou de périodes de stress, vos décisions auraient-elles été les mêmes sans pression ? (Non.) Et après le sexe, vous avez toujours envie de ce qu’il y a dans votre lit ? Hell, on a découvert récemment que la flore intestinale aurait une influence sur notre personnalité (et elle n’est même pas « nous » sur le plan génétique). Sans aller jusqu’à rester de marbre face à quelqu’un qui attente à sa propre vie, il est évident qu’un esprit dématérialisé sera différent du même esprit dans sa version organique.

Les questions qui se posent alors sont nombreuses, mais la première est : Suis-je moi sans cet influence organique ? La réponse est vraisemblablement non. Est-ce grave ? Ça, c’est à vous de décider.

Personnellement, je me dis que « moi », c’est « moi » à l’instant T. Si demain j’ai un accident qui m’ampute des influences hormonales qui font ce que je suis (mais si, ça existe), je ne vais pas me considérer comme mort et devenu un autre. Chaque jour, on vit des expériences qui nous changent ; pour une même situation, le moi d’hier ne prendra pas les mêmes décisions que le moi de demain. Au final, je reste moi. Si je me copie sur un ordi, ce sera un autre moi et si j’utilise la technique de Kenneth Hayworth (ou quelque chose approchant), je me considérerai comme une continuation de moi. Bien sûr, c’est un paradoxe par rapport à ce que je disais au paragraphe précédent mais je m’en fous, j’ai un cerveau organique, il gère les paradoxes. Il fourre tout ça dans mon Ça, par exemple.

Le Ça qui, sans forcément disparaître, va prendre un sacré coup lors du transfert. Difficile de quantifier l’impact mais je suppose que beaucoup de pulsions n’existeront plus et quid des souvenirs refoulés ? Si la copie est faite correctement, ça ira, je suppose, mais sinon, on va juste fabriquer un esprit excessivement bordélique, en souffrance constante.

Tout ça pour dire que je ne pense pas que tuer quelqu’un pour expérimenter un téléchargement de l’esprit vaille le coup. On ignore bien trop de choses sur le fonctionnement du cerveau. Bien sûr, vous allez me répondre que cette expérience permettrait justement d’en apprendre énormément à ce sujet mais ce n’est pas comme ça que la science doit avancer, sauf pour les savants fous et autres super-vilains.

Quand on a décidé d’envoyer des gens dans l’espace, on en a pas balancé dans le vide jusqu’à trouver la bonne méthode.

Et même lorsqu’on aura la technique, je pense que tout le monde ne pourra pas tenter l’expérience et la vivre de la même façon. Les intuitifs, dont la part inconsciente les guide dans leur choix, seront-ils aussi adaptés que ceux qui envisagent leurs décisions de façon rationnelle ? Ou peut-être sera-ce l’inverse ? Il faudra effectuer un profilage psychologique bien complet avant de tenter quoi que ce soit, sinon ça va être une psychoboucherie.

Et puis tout ce qui s’en suivra sera parfaitement en dehors de tout cadre légal. La copie numérique de l’esprit est-elle considérée comme une Intelligence Artificielle ou un humain ? En a-t-elle donc tous les droits et devoirs ? Sa carte d’identité n’est plus valable, si ? Si on copie cette version numérique, c’est du clonage ou une atteinte à la propriété intellectuelle ? Si ça rate et qu’on a l’esprit en souffrance dont je parlais plus haut, ou qui montre une incapacité à (inter)agir, a-t-on le droit de l’effacer/éteindre ou est-ce que ça va être aussi compliqué que pour l’euthanasie ? Ces questions et bien d’autres devront non seulement être posées mais il faudra surtout y répondre. Et quand on voit les lois mal adaptées qui nous sont parfois pondues en terme d’informatique, je vous conseille d’y réfléchir d’ici-là.

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